EDITO : Michel Wautot 

«  Il faut savoir que les choses sont sans espoir et tout faire pour les changer »

Rainer Maria Rilke

Lorsque fut fondée l’association, nous avions l’idée bien précise qu’il était fondamental de lier la dignité des hommes à la noblesse du patrimoine. Le respect de l’une ne va pas sans le respect de l’autre. Dans ce bulletin nous consacrons, exceptionnellement, des articles à la facette « hommes » de notre association.

L’examen objectif du développement de la pensée économique et politique actuelles, ne peut qu’entraîner un pessimisme croissant. En parodiant la formule « à francs constants », nous pourrions dire que « à Histoire constante », celle de notre siècle est, par exemple, semblable à celle de l’époque des conquistadors. Un petit groupe d’hommes, disposant d’un matériel et d’un armement sophistiqués, s’emparent de larges territoires et exploitent leurs occupants, au profit de leurs intérêts particuliers. A l’époque on asservissait par les armes, aujourd’hui par les jeux financiers.

Nous nous demandions, dans le numéro précédent, si le cyclone déclenché par l’effondrement du monde bancaire, pouvait remettre en cause le système gouvernant nos sociétés et être le prélude à une nouvelle vision du monde. Force est de constater qu’il n’en est rien. Combien de gens vont devoir payer cette crise par la perte de leur emploi, de leur revenu ou seront acculés par les charges auxquelles ils ne pourront plus faire face ? Nous pouvons même nous poser cette question : cette crise n’aurait-elle pas été "programmée ? » En y regardant de plus près, et si l’on excepte quelques dirigeants mis de côté, on constate, en grossissant un peu le trait, que l’on a débarrassé le marché d’une série de concurrents, que les mauvais actifs ont été mis dans des poubelles « bio-dégradables » et que les Etats, c’est-à-dire nous, ont renfloué les caisses vides. Au passage, une autre bonne affaire pour certains : la fonte de l’intérêt de l’épargne !

En quelques mois, des banques, dites exsangues, remboursent leur Etat et affichent de bons profits. Au même moment, l’OCDE annonce que les banques refont des placements dans ces actifs douteux, qui provoquèrent la crise ! Rien n’a changé.

Notre objet n’est pas de changer les règles de la finance internationale. Mais s’occuper de la sauvegarde et de la protection du patrimoine ne doit pas être le prétexte de se voiler la face. Les hommes sont liés les uns aux autres, qu’ils le veuillent ou non. Il est anormal qu’au XXIè siècle, ils le soient encore par « La loi de la jungle ».